L’étape vietnamienne

Posted in Uncategorized on 15 mars 2010 by theatreimago

Le voyage vietnamien s’achève et je profitE d’une journée de migraine pour me poser devant mon cahier. J’ai beau changé de lieux, je garde mon corps et son petit langage bien à lui… Toutefois, après 18 jours de Vietnam, nos corps commencent à sentir les effets de notre nouvel environnement (notamment culinaire). Notre taille n’est pas devenue aussi fine que les vietnamiens mais nous avons gagné en sveltesse si bien que Sandrine ferme son pantalon avec une pince à linge… Pour ma part, je me suis contenté de serrer ma ceinture d’un cran.

Nous nous sommes donc poser dans un des nombreux parcs de Saigon. Il est 9.15 et le Parc est désert. Trois heures avant (vers 6.00 du matin), il était rempli de saïgonnais(es) de tous âges gymnastiquant, badmingtonnant, courant, s’étirant, dansant au son de musiques techno « aérobisantes ». Ils ont une sacré patate ces gens et nous avons pu assister à cette joyeuse mise en forme au sortir de 15 heures de train de nuit débarquant dans Saigon à 5.30 du matin tout cabossés par un si long voyage. Eux, ils étaient à fond ! Nous, on était à plat…


Comparée à Hanoï ou Hué, cette ville est frénétique, bouillonnante, boulimique ; et cela malgré une chaleur encore plus étouffante.



Dans ce billet, je veux vous parler du Vietnam bien sûr mais aussi de comment, au fil des jours, ce voyage nous rapproche d’Imago. Dès Hanoï, il y a eu bien sûr cette rencontre avec les marionnettes d’eau et la possibilité de revenir jouer en juin. Le Centre culturel Français envisage même de nous programmer au Festival de Hué, le plus grand Festival du Vietnam… Avec Sandrine, nous essayons de ne pas trop s’emballer mais cela serait vraiment une chance unique.

Au-delà de cette opportunité, le Vietnam nous a rapprochés d’Imago en nous faisant apprécier la proximité de notre propos avec l’univers asiatique et notamment l’univers de la Culture du Riz. Aujourd’hui encore, près de 70% des vietnamiens vivent dans les campagnes. Chaque plant de riz est enfoncé un à un par une main humaine et quand vous mettez cela en perspective avec ces immenses étendues vertes, cela paraît quasiment inconcevable que ce soient des millions de mains qui fassent cette œuvre de manière régulière, cyclique et ancestrale. Au dessous de ces millions de mains, se trouvent des millions de pieds dans l’eau. Imaginer deux secondes les mycoses, les arthroses ainsi que les millions de dos courbés sous les chapeaux coniques et votre carte postale du Vietnam devient plus lourde, plus épaisse, plus vraie.

Cette vérité n’enlève rien à leur sourire, leur regard et même leur antipathie occasionnelle (car ce ne sont pas des anges…), elle leur donne une valeur qui nous a véritablement touché.

Cette culture du Riz leur donne aussi ce sentiment d’appartenance aux éléments de l’eau, de la terre et du bois. Je pense que c’est cela qui a particulièrement plu le Directeur du Théâtre National de marionnette d’eau quand nous lui avons montré la vidéo d’Imago. Voir cet être poussé comme un végétal et devenir un homme, c’était peut être voir le Vietnam derrière les plants de riz.

Pour ma part, je n’ai pas créé le personnage d’Imago en pensant à une plante mais plutôt à un arbre. Ma mère m’avait souvent parlé du dessin de nos poumons comme d’un arbre renversé dont les bronches seraient les branches fines et touffues. Cette image me plaît toujours énormément. C’était l’idée aussi que la tête pouvait être nos racines au lieu d’être notre « sommet pensant ». Et puis, avec Imago qui débute la pièce la tête en bas, il y a le plaisir de sentir son bassin se renverser tout seul quand je me positionne en « poirier ».

Je me souviens très bien de la première fois où j’ai réussi à me mettre en poirier. C’était à Marseille, dans les jardines du Palais Longchamp et je vivais alors dans un squat affreux dans le Panier, le « squat de Lorette ». Je voulais absolument devenir comédien mais ma résolution arrivait un peu tard : à 24 ans, je me trouvais à passer les concours avec des « p’tits jeunes » de 18-19 ans tout pimpant. Parmi eux, Tonin avait fait une « formation Grotowski ». Pour les gens qui ne connaissent pas Grotowski, je précise que c’est un polonais qui a travaillé toute sa vie le métier du comédien et qui disposait pour se faire d’un « laboratoire » à Wroclaw. Bref, nous avions décidé Tonin et moi de faire les trainings ensemble pour ne pas rouiller entre deux concours. J’en avais bien besoin car 6 ans de « Sciences Po », cela coince un corps et ça ne remplit que la tête. Tonin m’apprit alors que Grotowski basait l’entraînement de l’acteur sur « l’équilibre du plateau », la série des « trépieds » et la mise en jeu du corps « vibrant ». Cela m’a beaucoup intrigué. D’autre part, je trouvais très beau de voir le bassin de Tonin s’élevait en l’air comme une montgolfière entraînant avec lui ses jambes, genoux, pieds… Je lui ai alors demandé comment on faisait et là, ce petit « m… » me dit que c’est à moi de trouver le « chemin », qu’il n’a pas le droit de m’expliquer sans quoi cela n’a pas de sens.

« Non mais pour qui il se prend ? Pour un grand maître japonais ! » Inutile de vous dire que cela m’a piqué au vif…

Et tous les jours, nous allions nous entraîner et je n’y arrivais pas. Je me tordais le cou, je tombais sur le flanc comme un enfant qui essaye de se mettre debout pour la première fois. Ma fontanelle était toute douloureuse et je malmenais tellement mes vertèbres que je me tapais des migraines carabinées. Sans parler du squat, des affaires à surveiller constamment, des scènes de concours que nous travaillions sans œil extérieur avec les chiens du squat qui nous reniflaient les fesses…

Je crois que Tonin a eu pitié de moi au bout de quelques semaines et il m’a indiqué juste un petit truc, une étape intermédiaire sans laquelle je ne pouvais pas trouver les « chemin ». Vous m’excuserez mais je ne peux pas vous dévoiler ce secret car je pense réellement qu’il faut que vous trouviez tout seul le « chemin ». Sans quoi, « cela n’aurait pas de sens », vous me comprenez j’espère.

Je ne saurais vous exprimer mon étonnement lorsque mon bassin s’éleva tout seul verticalisant ma colonne dans l’autre sens. Il n’y avait même pas besoin de forcer, de prendre de l’élan ou autre, cela se faisait tout seul ! Aussitôt, je sentais que mon corps pouvait faire des choses étonnantes et modifier profondément ma perception du monde. C’est à partir de ce moment que les choses ont vraiment commencé sur scène et chaque fois que je me renverse pour jouer Imago, je reconnecte avec cette sensation fondatrice, cette invitation au voyage de soi même. Au Vietnam et en Thaïlande, nous nous sommes amusés avec Sandrine à planter Imago dans différents endroits. La chenille aussi nous a suivis.

Je profite de cette longue digression autobiographique (vous me pardonnerez…) pour vous parler de l’équilibre du plateau car il trouve ici une application quotidienne. L’équilibre du plateau chez Grotowski consiste à définir un périmètre et à couvrir cette surface par le mouvement des comédiens(nes) s’y trouvant. Chacun d’eux doit être comme un électron instable et doit combler le vide qui se fait sans cesse entre eux. Physiquement, cela est impossible mais le sentiment d’urgence et la nécessité de bouger sans cesse réveille quelque chose d’instinctif et rend cet exercice fondamental. Bien sur, les rythmes, les qualités de mouvement et les points de concentration peuvent varier selon le meneur ou selon le groupe ; l’essentiel est que le plateau ne soit jamais « déséquilibré » comme si il était en suspens dans le vide et que son déséquilibre soit à même de faire basculer tout le groupe…

Au Vietnam, traverser la rue ou conduire relève des mêmes principes que l’équilibre du plateau : il ne faut jamais s’arrêter (principe du non arrêt), jamais se toucher (principe de l’évitement), toujours être prêt au changement de rythme (principe de mobilisation), ne pas s’occuper des trajectoires des autres et ne s’occuper que de la sienne sous peine de modifier les anticipations adaptatives de tous les autres membres du plateau (principe de confiance ou principe de Karma, vous choisirez…) et enfin avoir de nombreux points de concentration en même temps (principe de simultanéité). C’est si vrai que les villes ressemblent à une horloge en mouvement perpétuel et que l’expression « mouvements pendulaires » inventée par les géographes urbanistes a du être inventé en Asie.

Toutefois, au cœur de ce mouvement, on trouve des endroits où règnent la sérénité et le silence juste dérangé par des cris d’oiseaux étonnants. Pour moi, c’est des paradoxes les plus charmants. Je ne l’avais pas réalisé mais dans ma tête de petit européen, j’associais l’Asie tantôt avec une foule immense et submergent tantôt avec les estampes éternelles de lieux tout aussi éternels… En fait, ces deux associations se côtoient quotidiennement ici. Sur la route, c’est très marrant. Nous chevauchons notre scooter dans un vacarme de Klaxons, de scooters zigzagant, en contresens, des camions énormes, des bus à deux étages… et, arrivés à destination, nous nous retrouvons dans des pagodes, des mausolées impériaux, des temples où le temps se fige. L’eau, la terre, les jardins, l’architecture se marient harmonieusement et nous avons l’impression d’être seuls au monde au milieu des oiseaux. Comme nous partons souvent très tôt le matin pour éviter la chaleur étouffante (vers 6.00), nous sommes souvent les premiers sur les lieux. Seuls les agents d’entretien mangent leur « Pho » matinale (soupe aux nouilles qui agrémente toutes les pauses repas au Vietnam). Puis, nous reprenons le scooter et le vacarme reprend aussitôt…

Ce sont dans ces lieux de calme extrême que je pense au troisième pilier de l’entraînement Grotowski (non, non je ne vous lâcherai pas avec mon bon Jerzy…) : réveiller le corps « vibrant ». Si nous nous laissons faire, si nous déconnectons un temps le cérébral en le laissant faire le « singe » à l’étage, notre corps devient une feuille blanche où les perceptions s’impriment sur nos émotions. C’est sûrement cela que le langage courant désigne par le mot « impression ». Nous devenons un bol vibrant à l’heure de la prière et nous faisons réellement parti d’un tout. Ce n’est pas la peine d’appartenir à une religion pour ressentir cet état de disponibilité, cette confiance intime. C’est un état simple, certains jours impossibles à convoquer. Ce sont les quelques seconde de silence qui précède le début d’une pièce, c’est le calme nécessaire pour accomplir les grands projets.

Je vous embrasse et vous laisse avec toutes ces facettes du Vietnam qui font que ce pays n’est pas un bloc monolithique mais bien un foisonnement éclatant.

Bise, rémi

 

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Découverte de la ville d’Hanoï et de ses fameuses marionnettes d’eau

Posted in Uncategorized on 11 mars 2010 by theatreimago

Nous arrivons la nuit très tard à Hanoï et une mauvaise expérience lors d’un atterrissage mouvementé m’a rendu malade. Pendant le trajet du mini bus vers l’hôtel et malgré un état second, je découvre quelques images : des rizières, des centaines de mobylettes et de voitures qui klaxonnent dans tous les sens, des gens qui parlent très fort (un pays surement fait pour Rémi !), des lampions rouges, des toutes petites ruelles dans lesquelles s’engage notre bus à toute vitesse, des dizaines de personnes qui mangent dans les rues assis sur des petites chaises en plastique bleu…

Nous arrivons au « North hotel I» qui est tenu par un ancien médecin militaire parlant un français avec très charmant accent. Il nous attendait et avait allumé la télé sur TV5 Monde la seule chaine française qu’on peut capter ici, dans notre chambre. Je me plonge dans le lit avec toutes ces premières images déjà si intrigantes et je m’effondre dans un sommeil très profond dans la chaleur moite du Vietnam.

Nos premiers pas dans la ville d’Hanoï au petit matin, déjà en pleine activité depuis 6 heures, furent vraiment ceux qui me restent dans le cœur. Je n’ai pas rêvé hier soir, je suis bien à des centaines de kilomètres de mes images familières provençales … Après avoir pris un excellent petit déjeuner (œuf frit, banane, baguette et confiture à la mangue, papaye et banane), nous nous retrouvons directement dans le quartier des 36 corporations. Ce quartier est un des lieux les plus vivants que je connaisse, chaque rue a sa spécialité : les échelles en bambou, les épices, les chaussures, les souvenirs, les vêtements, le marché… Une étude est en cours pour classer ce quartier « patrimoine de l’humanité » à l’UNESCO. Pour la plus part, les petites échoppes sont en fait la prolongation des maisons. Les moments de repas se font dans la rue du petit déjeuner au diner. Comme je vous le disais, la vie ici commence très tôt par contre dès 22 heures tout le quartier s’éteint. Je pense que nous allons devoir essayer de nous adapter à ces horaires (ou peut être caler une petite sieste au milieu pour nous permettre d’être au frais du ventilateur pendant les heures les plus chaudes …).

Ces premières heures me renvoient au doux visage rêveur de Marine évoquant « Hanoi » avec beaucoup de discrétion, comme si les mots n’étaient pas nécessaires … cette ville l’avait marqué et elle savait déjà l’effet que cela produirait sur moi … aujourd’hui je comprends pourquoi. 

Sans vous en dire plus, je vous laisse découvrir ces quelques photos …

2 Petites précisions pour visionner les diaporamas : ceux qui reçoivent directement les articles sur leur mail peuvent voir la video directement à cette adresse : http://www.youtube.com/watch?v=o776aJ7JPwY

D’autre part, vous pouvez les regarder en plein écran, la qualité devrait normalement être suffisante.

Très vite, nos pas nous mènent au lac Hoan Kiem. Ce lac, en plein cœur de la ville, est un vrai lieu de détente pour tous du petit matin (avec la gymnastique et les étirements) au soir où les amoureux viennent sur le petit pont rouge éclairé. La journée nous pouvons aussi découvrir de nombreux couples de mariés et leurs photographes qui viennent immortaliser leurs jolies tenues (nous avons néanmoins observé au moins deux mariées en basket et jean sous leur robe…). Plus tard, nous découvrirons d’autres lacs plus vers le nord d’Hanoi où les mêmes scènes se reproduisent à la seule différence que ces lacs plus grands ont des pédalos en forme de cygne tellement plus romantiques …

Le lac fut également le lieu où nous avons pu repérer la salle de théâtre de marionnette d’eau (www.thanglongwaterpuppet.org). Nous prévoyons immédiatement le moment où nous allons nous y rendre. Nous irons demain soir à 20h. De nombreuses personnes achètent les billets avec nous et notamment de nombreux vietnamiens.  Ce spectacle serait il plus accessible ? En tout cas le prix le confirme (60 000 Dong par personne soit environ 4 euros pour 2 personnes).

Nous sommes maintenant assis dans le théâtre. La salle est pleine, cela fait vraiment plaisir à voir. Il n’y a pas de rideau, nous sommes directement face au décor et notamment la scène : une grande piscine verdoyante. La « chambre des montreurs » trône au dessus de l’eau. Il s’agit d’une petite pagode (construction) de 6m sur 6m que vous voyez en fond de scène, c’est le lieu où sont entreposés les marionnettes et où les marionnettistes exécutent leurs manipulations cachés derrières des stores de canisses.

Sur le coté de la scène les instruments de musique sont en place : la grosse caisse, les tambours de tailles diverses, les tambourins, les crécelles, le mono corde, les cymbales…

Il y a 2 ans, je découvrais les marionnettes d’eau sur un petit film amateur sur Internet et maintenant je suis tout proche du but, je vais enfin découvrir cette pratique si unique en son genre.

A 20h précise, les musiciens entrent en scène et une bande sonore nous souhaite la bienvenue en vietnamien, anglais et français (le français reste encore une langue très présente notamment écrite). Les musiciens nous font découvrir leurs instruments et la musique traditionnelle (notamment le mono-corde au son splendide). La musique tient une place très importante dans ce type de spectacle. A la base, la pratique de ce type de théâtre était sans parole.

L’eau se met à vibrer et nous entendons des paroles de derrière les canisses. Les marionnettistes se mettent en place.

Je suis impatiente et très curieuse de voir de quel côté les premières marionnettes vont sortir. Celles-ci se font un peu attendre pour maintenir le suspens. Je guète les moindres petites vibrations de l’eau. Une première marionnette sort de derrière les canisses. Le spectacle commence …

Il s’agit en fait de plusieurs scénettes variant de 1 à 7 minutes représentant des scènes de la vie quotidienne : travaux agricoles, chasse aux grenouilles, pêche, course de pirogues … ou des scènes fortement imprégnées des contes et légendes vietnamiennes : la danse des immortelles, la rencontre amoureuse de deux phœnix, la danse des quatre animaux divins (phœnix, dragon, licorne et tortue d’or), la légende de l’épée replacée au fond du lac par la tortue légendaire…

Je suis sous le charme de ce spectacle. Les images qu’il m’évoque correspondent tellement à ce que je découvre du Vietnam : une authenticité, une finesse d’humour et une simplicité d’une grande beauté. Les images qui nous sont présentées nous invitent à prendre le temps d’observer, à nous laisser guider par les formes sans trop attendre de l’action ou de l’histoire. Même si nous ne comprenons pas les paroles chantées des narrateurs (assis à coté des musiciens), nous sommes touchées, émues, amusés par les situations.

Les différents tableaux nous maintiennent en attente d’une suite et de l’arrivée de nouvelles marionnettes qui renouvellent en permanence nos découvertes. La musique semble faire danser ces marionnettes et le bruit des clapotis de l’eau rafraichit l’ambiance générale. Le rythme très enjoué de la musique provoque une manipulation un peu trop rapide à mon goût et j’aurais aimé quelques petits passages un peu plus calmes pour observer des mouvements plus lents, plus intenses. Je me laisse cependant volontiers embarquer dans la proposition et je regarde le spectacle avec de grands yeux.

La présence de l’eau semble tellement évidente au Vietnam et même si à ce moment de notre voyage nous n’avons pas encore vraiment exploré les campagnes alentours, nos futures découvertes confirmeront rapidement l’évidence de sa présence (Baie d’Halong, grotte de Tam Coc …) Fleuves, lacs, rivières, étangs, rizières, mer font partie de la géographie de ce pays. La nature a instauré ici un dialogue entre la terre et l’eau tout a fait particulier. De nombreuses formes artistiques semblent prolonger ce dialogue des éléments : les peintures en bois laqué, les estampes, la calligraphie et bien sûr les marionnettes d’eau.

Pour ce qui concerne la fabrication des marionnettes et la manipulation, les marionnettes sont fabriquées en bois léger, consistant et résistant à l’eau mais suffisamment tendre pour faciliter la taille (il s’agit du bois de sung ou ficus glomerata). Les marionnettes mesurent entre 30 à 100 cm et pèse entre 1 à 5 kilos. Pour la plupart, leurs bras et leurs cous sont reliés au corps par des bandes de caoutchouc (en abondance ici avec l’Hévéa) ou par des articulations sculptées à même le corps. Les marionnettes sont installées sur des flotteurs au bout de perche (3,5 à 4,5 m) que les marionnettistes manipulent derrière le rideau de canisses (dans la « chambre des montreurs »). Les mouvements impulsés par les marionnettistes vont de droite à gauche, d’avant en arrière et de haut en bas, bercés sur l’eau, provoquant en grande partie les gestes naturels des marionnettes. Certaines perches plus complexes sont complétées par des jeux de cordes et des techniques astucieuses qui permettent aux marionnettes de faire des mouvements plus précis ou plus amples. Par exemple lors de la danse des immortelles (fées), celles-ci lèvent les bras pour danser.

Mais notre découverte des marionnettes d’eau ne s’est pas arrêtée là … Grâce à l’aide de Jean-Pierre Labat, un expatrié français que nous avons rencontré sur son blog (http://vietnampapyjp.uniterre.com/) et grâce à sa forte motivation, celui-ci a réussi à nous organiser une rencontre avec le directeur du Théâtre National de marionnettes du Vietnam (www.vietnampuppetry.com). C’est donc après la découverte des splendides paysages de la Baie d’Ha Long que nous avons découvert les secrets du théâtre de marionnette d’eau.

C’est à 8h30 du matin que Jean Pierre et deux guides interprètes français adorables : Anh et Ninh (www.vietlanddiscovery.com) avec qui il travaille depuis quelques temps, que nous nous sommes rendus dans la banlieue d’Hanoï pour rencontrer Monsieur Vuong Duy Bien. Au cours de cet entretien, nous avons pu présenter notre projet et montrer la démo vidéo d’Imago. Nous avons pu évoquer les similitudes entre le spectacle de marionnette d’eau que nous avons découvert et Imago (le volume des marionnettes, la création de différents tableaux, le rapport entre les éléments …)

Puis nous avons eu le grand plaisir d’être invité à découvrir, en compagnie de l’assistante du directeur, l’envers du décor du théâtre de marionnettes d’eau en nous rendant dans la chambre des montreurs et en nous rendant dans les ateliers de fabrication.

Inutile de vous préciser que ce moment fut vraiment un moment inoubliable. Les créateurs de marionnettes étaient tous surpris de nous voir arriver un peu à l’improviste dans les ateliers et pourtant ils nous ont accueillis avec beaucoup de gentillesse. Ma grande admiration semblait les surprendre un peu comme s’il n’avait plus conscience du merveilleux métier qu’ils étaient en train de réaliser.

En passant derrière le rideau de canisse, j’ai découvert quelques petits secrets que j’ai promis de garder pour moi à l’assistante … Il faut s’avoir qu’autrefois les artistes appartenaient à des corporations et que les nouveaux manipulateurs devaient prêter serment de ne jamais divulguer le secret professionnel de la corporation sous peine de périr « pour une génération de père et trois générations d’enfants » (cf. ouvrage de Nguyen Huy Hong « Les marionnettes sur eau traditionnelles du Vietnam »).

Par conséquent, consciente de l’immense privilège, je vais garder précieusement mes découvertes et me contenter de vous montrer quelques petites photos qui illustreront déjà bien la beauté de ces dessous …

Photos prises dans les ateliers de fabrication :

Photos prises depuis la chambre des montreurs :

 

A la suite de cet entretien et grâce à la qualité de nos échanges, nous sommes actuellement en train d’organiser notre retour à Hanoi début juin, pour venir présenter « Imago » au directeur, aux marionnettistes et aux enfants vietnamiens. Cet échange autour du plateau nous permettrait de voir concrètement si un échange pourrait s’envisager avec ces techniques qui me séduisent déjà tant. Pourquoi pas faire deux espaces scéniques au spectacle Imago … un sur terre et un sur l’eau …

A suivre,

Sandrine

 

 

 

 

 

Des sons et des images… de Thaïlande

Posted in Uncategorized on 8 mars 2010 by theatreimago

Bon, nous sommes au Vietnam depuis 9 jours et je vous envoie encore des images et des sons de Thaïlande ! Mais je vous l’avais tellement promis dans le dernier article que je me suis acharné à finir ces petits diaporamas. N’oubliez pas de mettre le son car ce que vous entendrez est directement issus des endroits où nous sommes allés.
Je me suis acharné à finir ces films aussi car c’est pour moi un petit hommage à mon bel i phone qui nous rendait tellement service : téléphone, balladeur, enregistreur, réveil, calandrier, calculatrice… c’était un couteau suisse numérique… Et bien cette 9 ème merveille du monde a fini au fond de la poche d’un autre au coeur d’autre merveille du monde appelée « les grottes de Tam Coc » ou la baie d’Halong terrestre. C’est un paysage de pain de sucre que nous avons traversé sur un petit bateau au milieu des rizières, je crois que même la Baie d’Halong ne m’a pas autant plu… Tout simplement magnifique ! En remettant mon sac, nous avons entendu un plouf sourd et direct. J’ai espéré une seconde que ce soit une grenouille mais non, il fallait se rendre à l’évidence… Nous avons tout de même sauvegarder des sons du Vietnam que nous vous proposerons bientôt. Nous sommes aussi en train de finir le prochain article sur les marionnettes d’eau, nous avons énormément à vous raconter à ce sujet.
Nous vous embrassons tous les deux depuis Hué, la cité impériale du Vietnam.
rémi et Sandrine.


Prises de vue dans le Vieux Sukhotaï, première capitale du Royaume Thaîlandais.
Son issu du lieu avec la cloche du Roi Ram Khaeng réservée pour appeler le Roi afin qu’il statue les différends entre les citoyens.


Le Ramakien est présent dans de nombreux monuments de la Thaïlande « moderne ». Désaccordé propose quelques prises de vue sur cette présence mythologique dans de nombreux arts (peinture, sculture, théâtre).
Le son est pris d’une représentation de théâtre traditionnel thaïlandais appelé « Khon ».


Prise de vue de diférents temples Thaïlandais dans le cadre du voyage. Le son est pris directement dans le Wat de Phitsanulok durant la priere de 18h.

Nous irons au « Traditional Thaï Puppet Theater » à pied !

Posted in art, marionnette, spectacle vivant, théâtre, voyage on 26 février 2010 by theatreimago

Malgré plusieurs kilomètres de marche à pied et les conseils de nombreux thaïlandais nous conseillant de prendre un Tuk-tuk ou un taxi nous décidons de tenir bon ! Nous sommes tellement excités à l’idée de voir notre premier spectacle de marionnettes Thaï que nous pourrions même y aller en courant (quoi que la chaleur est tout de même étouffante).

Nous arrivons au « Théâtre Joe Louis » (drôle de nom qui se double de « traditionnal thai puppets theatre ». Vous pouvez voir leur site sur http://www.thaipuppet.com ). Il s’agit d’un théâtre en arrière salle d’un restaurant très branché dans le quartier Silom.

Le billet d’entrée est très cher pour la vie à Bangkok (1800 bath soit 42 € pour 2). A coté de l’entrée, on peut visiter une salle dans laquelle sont exposées plusieurs marionnettes. La qualité de ces marionnettes nous fait oublier notre échange avec l’ouvreuse sur le prix du billet pour des comédiens …

Voici quelques photos …

Elles mesurent environ une quarantaine de centimètre et sont en bois. On remarque l’incroyable qualité des costumes et la précision des détails (broderie, perles, finesse des traits …)

Pendant le spectacle, nous découvrirons que ces marionnettes se manipulent à trois : un marionnettiste tient le haut du dos et le bras droit (à l’aide d’une baguette), un autre le bras gauche (toujours à l’aide d’une baguette) et le dernier les pieds qu’il tient dans ses mains.

 

Nous rentrons dans la salle qui est presque vide. Cela me surprend car de nombreux panneaux affichaient le spectacle dans Bangkok. Les touristes ne doivent pas particulièrement être intéressés par les marionnettes.

Le spectacle commence par une projection en l’honneur du roi. Tout le monde se lève pour lui rendre hommage le temps de l’hymne thaïlandais (cela se fait souvent en Thaïlande, le matin à 8h, le soir à 18h et lors des spectacles. Il faut alors se lever et observer un temps d’immobilité). Ensuite, une mini projection nous explique la tradition des marionnettes thaïlandaises. Le spectacle retrace la vie de maitre Sarkorn autrement appelé Joe Louis (le propriétaire) et de sa pratique de la marionnette. La mise en scène nous invite à découvrir le mode de manipulation car nous avons accès à l’envers du décor (une scène amovible nous montre les comédiens de dos puis de face).

Je suis particulièrement bluffée par la synchronisation des marionnettistes, ils bougent ensemble comme une vague et reproduisent les mêmes mouvements que la marionnette. Cela ressemble à une chorégraphie de 4 « pantins » articulés.

On nous apprend que les marionnettistes doivent bien connaître le jeu du théâtre traditionnel (le Khon que je commenterai après) pour donner à leur marionnette la même gestuelle que les héros du Ramayana.

Pendant la manipulation, je remarque aussi que le troisième marionnettiste qui ne tient que le bras gauche place sa main sur les reins du second marionnettiste qui tient les pieds sûrement pour être plus synchrone et créé ce mouvement d’ensemble particulièrement coordonné.

Un autre tableau nous présente un homme manipulé comme une marionnette par un autre à l’aide de deux baguettes au bout de ses mains. Là encore, j’admire la parfaite synchronisation des mouvements. Tout le mouvement est marqué par une grande fluidité des corps et la rigidité des deux baguettes qui dynamisent la danse et relient le marionnettiste et sa marionnette humaine dans un rapport direct.

Dans le dernier tableau du spectacle, il s’agit d’une marionnette Mickael Jackson. Malgré la qualité de la manipulation, nous sommes un peu déçus ! Pourquoi ce mélange ? Il semble que cela soit pour satisfaire le public qui silencieux jusqu’alors se met à crier, à rire et à applaudir …

Le spectacle n’aura finalement duré qu’une petite heure et c’est avec un peu de regret que nous quittons le théâtre. A trop vouloir nous donner de clés pour nous permettre de comprendre la pratique de la marionnette thaï, la mise en scène devient folklorique. Nous sommes devant une vitrine explicative et non devant un acte « sacré ». On est un peu coupé de la raison d’être première de cet art. Cependant, je veux bien comprendre que les enjeux artistiques soient différents ici. La conservation de ce patrimoine culturel immatériel est nécessaire et nécessite une certaine démarche pour la maintenir existante. Nous étions à la cherche d’une authenticité et une sincérité et nous avons rencontré des artistes qui se croyait obliger de « faire spectacle » comme si leur présence et la beauté de leurs marionnettes ne se suffisaient plus à elles-mêmes !

Le Guide du routard aurait il commit sa première erreur en nous guidant dans un attrape touriste ?

 

Aurons-nous plus de chance au Théâtre Royal de Bangkok ?

Le lendemain, nous nous rendons au grand Théâtre Royal (le Khon theatre) pour découvrir cette fois ci la pratique des masques thaïlandais (http://www.salachalermkrung.com/). Nous prenons les places au grand palais (400 bath pour 2 ! beaucoup plus raisonnable). Nous sommes en avance. Pendant que Rémi téléphone pour réserver notre hôtel pour demain, je reste dans le hall d’entrée à écouter une jeune fille qui joue d’un drôle d’instrument. A l’aide de deux petites baguettes toutes fines, elle tape sur des cordes disposées sur une table d’harmonie horizontale. Le son est très doux et m’emporte.

Nous sommes invités à rentrer dans la salle de spectacle. Celle-ci est encore plus vide que la veille. Un groupe de musicien se met en place sur la droite de la scène. Ils sont une dizaine (le pi-thai, version thaï du gamelan indonésien).

Le rideau s’ouvre et à nouveau une projection en l’honneur du roi défile. Nous lui rendons hommage en silence. Un petit film nous présente ensuite la tradition des masques thaïlandais et nous présente les principaux personnages du Ramakien, version Thaï du Ramayana. « Pour ne pas la faire trop longue », ils nous expliquent qu’ils ne joueront que des passages mettant en scène un héros très populaire nommé « Hanuman ». Il s’agit du général des singes qui aide Rama, réincarnation de Shiva, à combattre le chef des démons.

Le rideau se referme et un homme vêtu d’un uniforme blanc se présente à nous, nous salue et commence à dire le texte avec un micro. Sa voix est chantante avec des modulations vocales dans les voyelles. C’est le narrateur du spectacle car les acteurs ne parlent pas eux-mêmes. Les masques recouvrent l’entièreté de leur tête et empêchent la projection de leur voix. Le spectacle commence. Nous retrouvons les mêmes costumes et masques colorés qu’au spectacle de marionnettes. La somptuosité des couleurs, leur éclat (beaucoup d’or) nous font basculer dans un univers différent de nos imaginaires. Les comédiens dansent plus qu’ils ne jouent et accentuent chaque intention de jeu pour nous permettre de bien comprendre le sens des situations. Je suis particulièrement attiré par le geste de leur main, celles-ci sont extrêmement recourbées vers l’extérieur et accompagnent tout leur mouvement. Je trouve ces gestes très délicat et féminin.

Bien qu’au début, je trouvais un peu « kitch » ces ornements d’or, ces couleurs très vives et la surenchère des objets, je commence à mieux comprendre ces coutumes locales et à les apprécier. En France, vous avez sûrement du trouver « too much » la décoration d’intérieure des restaurants thaïlandais et pourtant ici je vous assure que cela prend beaucoup plus de sens.

Grâce à une bande au dessus de la scène nous avons accès à une traduction très simplifiée du spectacle. Comme je vous l’expliquais plus haut, il s’agit d’un extrait du récit du Ramayana qui est présent dans tous les arts thaïlandais (statuaire, peinture, théâtre, danse…) D’ailleurs, nous avons pu le découvrir aussi sous forme d’une grande fresque murale au Grand Palais.

 

Malheureusement, nous n’avons pas été autorisés à prendre des photos pendant les spectacles, mais voici quelques photos de masques prises à l’exposition de marionnettes.

Le spectacle est de bien meilleure qualité que la veille.  Un véritable travail de mise en scène, de recherche scénographique et de création lumière a été fait. Et surtout le spectacle est joué par une quarantaine de personnes. Cela doit être une sacrée équipe à diriger !

Le côté traditionnel et la répétition d’une même histoire nous a questionné sur la liberté d’interprétation des comédiens. Exécutant plus ou moins habiles ? Interprètes ? Créateurs ? Cela s’éloigne grandement de notre conception de l’artiste individualiste et marginal. Pourtant, certains comédiens paraissaient plus « chargés » que d’autres et nous avons assisté quelques fois à des mini improvisations de certains personnages à la périphérie de l’action principale. Ce fut le cas notamment lors de la scène finale où le focus était sur le Roi singe qui se glorifie de sa victoire (très peu d’intérêt en soit) et côté cour, un personnage singe essayait de charmer une petite dame de compagnie qui essayait de garder son calme. C’était comme si le tableau prenait son intérêt grâce à cette petite animation qui décentrait totalement l’attention. Peut être que la liberté des interprètes réside dans cette façon d’exister dans des contraintes formelles si fortes.

Un seul petit détail m’a gêné pendant le spectacle, le comédien d’un des personnages principal avait oublié d’enlever l’étiquette de son masque par conséquent, celle-ci s’est balancé pendant tout le spectacle à chaque mouvement de tête …. Ce petit détail nous a aussi questionné sur l’importance qu’a encore ce spectacle pour les comédiens. Est-il une coquille vide juste bon à préserver un patrimoine ? Un passage obligé pour leur permettre de vivre ou de rentrer dans la profession de comédien ? De quoi rêvent ces comédiens : de télé, de cinéma ou de théâtre traditionnel ? Nous nous sommes beaucoup posé la question durant le spectacle. Pourtant, lors du salut, lorsqu’ils ont enlevé leur masque, on a senti une certains fierté malgré le peu de public. Nos applaudissements, bien que fournis, ne faisaient que révéler le vide de la salle… Rémi a beaucoup été touché par cette fierté du salut.

Sandrine

 

L’étape thaïlandaise (vécu personnel des deux compères dans un rapport relatif au théâtre)

Posted in théâtre, voyage on 25 février 2010 by theatreimago

A l’usage, mon rite d’écriture devient multiforme : sur le cahier dans l’immédiat du moment, réécrire sur l’ordi après une bonne nuit (c’est toujours utile une nuit de sommeil… quoi que vous fassiez, passez une bonne nuit avant de l’inscrire sur le marbre informatique…), trouver un accès internet pour transférer tout cela sur le blog. Un rite plein d’ingénierie me direz-vous. Peu importe, l’essentiel est que ce blog reste entre vous et le monde que nous découvrons.

Jean-Marie, notre cher Secrétaire, avait une technique toute autre durant son voyage en Inde. Il écrivait dans l’heure impartie par le Cyber café. Je trouve cela très amusant comme consigne d’écriture mais le clavier QWERTY a eu raison de mes premières tentatives. En outre, les 2,5 kg d’ordinateur que je me trimballe sur le dos chaque jour me donnent le privilège de me connecter en wi-fi là où c’est possible. Je suis surpris de voir le nombre de « Hot spot » en Thaïlande. C’est un des rares bons côtés du tourisme dans ce pays (avec les millions de devises que cela leur rapporte). On nous avait prévenus que ce type de tourisme est massif, sauvage et impudique et c’est effectivement le cas. Du moins à Bangkok. Le célèbre sourire thaïlandais est instrumentalisé jusqu’au plus petit détail de sa commissure… Heineken, Chivas et Johnny Walker s’affichent sur des mini jupes vertes de jeunes thaïlandaises qui font débourser le chaland avec leurs trois mots d’anglais.

Qu’est ce que c’est déjà la définition du mot « aliénation » : être étranger à soi même ? Bref passons…    

Notre premier contact avec l’Asie n’est heureusement pas constitué que de cela. C’est le premier « merci » prononcé maladroitement à la femme de chambre « Kho khun Khrap » qui a fait naître le premier sourire vraiment amusé accompagné de cette légère inclinaison de la tête. Là commence la véritable découverte d’un autre rapport à l’autre. Un autre rapport au corps aussi lorsque nous nous déchaussons pour rentrer dans les temples. La sensation de marcher pied nu, la rudesse du massage thaï, la découverte du sourire de Bouddha décliné en milliers de statues de toute taille, l’omniprésence des fleurs colorées (lotus, bougainvillier, orchidées…) nous font rentrer dans un univers où la pudeur côtoie une grande simplicité du contact physique.

Malgré la chaleur polluée de Bangkok, nous marchons beaucoup et des Bangkok très différents s’offrent à nous. Cela nous a donné envie de faire souvent des petits enregistrements sonores que nous allons essayer de monter avec les photos (si je trouve un câble reliant mon i phone à mon ordinateur…).

 

Avec les images, ce sont les sons qui me pénètrent le plus. La langue Thaï est totalement inintelligible pour nous et pourtant, elle commence à être présente dans mon sommeil. Je me suis même surpris à trouver que le chant d’un oiseau faisait très « Thaï »… La musique d’une langue colore en fait toutes les sensations et nous sommes pris totalement dans ce dépaysement.

Parfois, ma volonté reprend le dessus et je m’énerve vite de ne pas avoir de repères, d’être aussi vulnérable qu’un enfant qui se perd pour la première fois dans un supermarché. Ce fut notamment le cas lors de notre première sortie. Nous ne reconnaissions rien car rien ne nous été connu, chaque chose devient alors objet de suspicion : les rabatteurs, les voitures qui roulent à gauche, les odeurs de nourritures, plus rien ne rassure notre petite personne et l’inquiétude se transforme en nervosité. Depuis, nous avons appris que dans ces cas là, il fallait simplement se poser ou tout simplement bien dormir et prendre le temps de se laisser faire. Le schéma « quand je veux, je peux » de mon institutrice de CM2 (l’inoubliable Mme Balaguier) est peu à peu remplacé par : « si je peux, je ferais, sinon je verrais… ». Cela explique peut être la « langoureuse Asie » de Baudelaire.

Au bout de trois jours dans la capitale, nous souhaitons pénétrer plus le pays, aller voir une Thaïlande qui ne soit pas sous-titrée en anglais… Nous avons donc pris le train pour « Phitsanulok » plus dans le nord. 5 heures de train dans une seconde classe tout à fait correcte. Les Thaï et les touristes partagent l’espace du wagon dans les mêmes proportions. Sans tomber dans des raisonnements limites, force est de constater que c’est important les proportions de peuplement surtout avec la peuplade « touriste ». Cette peuplade a un effet de « mise en silence ». Dès qu’elle devient minoritaire, les rires, les engueulades, les discussions du quotidien de la population d’accueil reprennent le dessus. Phitsanulok ne nous a pas déçu de ce côté-là. Tout est écrit dans l’écriture Thaï et heureusement que le Guide du routard indique le nom des lieux en Thaï et la couleur des panneaux sans quoi nous n’avions plus qu’à s’assoir sur un banc et attendre la divine providence… Là encore, nous sommes gratifiés par des beaux sourires lorsque nous leur tendons notre guide pour leur montrer le nom dans leur écriture. Certains nous font des têtes tellement éberlués que nous nous retenons de rire à notre tour. Le soir, au bord du fleuve Yom, nous avons l’immense privilège d’être les seuls occidentaux sur une terrasse bondée. Un seul serveur parle un peu anglais et il y a bien une hôtesse avec l’éternelle jupe verte « Heineken » mais elle refuse de nous parler car elle ne comprend pas l’anglais. Nous apprécions l’esquive, elle évitera peut être Bangkok… Derrière un petit stand, des musiciens se succèdent « guitarant » des balades sur un mode « country ».

Le lendemain de cette soirée, nous nous retrouvons à chercher un « bird garden » connu pour ces espèces rares et jouxtant une fabrique de reproduction de bouddhas (le bouddha de Phitsanulok est le plus reproduit de Thaïlande). L’écriture Thaï sur les panneaux continue de dérouter notre sens de l’orientation et les plans du « routard » ne nous aident guère tant ils ne sont pas à l’échelle… Cela me fait penser à un projet que nous avions fait au Conservatoire de Liège. Il fallait se « perdre » dans la ville afin de déclencher d’autres perceptions. Pour cela, nous nous étions disséminés dans Liège, les uns prenant un Taxi les yeux bandés et demandant d’être lâché dans n’importe quel endroit de la périphérie, les autres essayant de ne pas dormir la veille et d’errer dans un état second. Toutes ses stratégies étaient bien marrantes mais nos efforts étaient vite ruinés par un panneau « centre ville »… A Phitsanulok par contre, nous étions vraiment dans la sensation de la perte. Nos point d’attention deviennent alors éparpillés, nous ne savons plus trop sur quoi nous concentrer et cette sollicitation plus grande de nos sens nous donne une impression que les minutes et les distances sont plus longues, que le chemin est interminable. Chaque intersection fait l’objet d’un choix cornélien (pas moins…) et quand enfin, nous reconnaissons la rue, nous ne voulons plus la quitter !

Dans ces moments de perte, nous développons des observations différentes entre Sandrine et moi. Sandrine a comme un sixième sens pour voir les animaux et les plantes. Un mouvement ou une couleur particulière éveille son attention alors qu’il reste indistinct dans mon champ de vision. Je suis souvent là comme un balaud à regarder trop tard ou à regarder son doigt qui me montre la direction. Par contre, je peux bloquer pendant un long moment sur les rapports entre les gens et les petites situations du quotidien. Cela provoque parfois des situations gênantes quand les personnes se rendent compte que je les regarde, je provoque alors l’effet « mise en silence » et je trahis mon appartenance à la peuplade « touriste ».

Une chose par contre que l’on partage, c’est notre détection de l’endroit où manger même quand on est perdu… Le « Bird garden » n’étant pas encore ouvert, nous atterrissons dans la cour intérieure « d’un débit de boisson » où la notion de petit déjeuner est inconnue. En même temps, en Thaïlande, le fourneau n’est jamais éteint et la cuisine toujours active. Aussi, nous avons entrepris de petit déjeuner avec ce qu’ils auront le plus surement : des œufs. Et me voilà en train de mimer deux œufs que l’on casse dans une poêle. De guerre lasse (mon estime de comédien en a pris un coup…), je prends le lexique du « routard » : « œuf » se dit « Khaï » et thé, « Nam Chaa ». Nous sommes compris ! et nous mangeons nos œufs avec la grande fierté d’être des vrais routards, des durs à cuire (contrairement aux œufs… Pardon, il fallait que je vous la fasse celle là). Je vous passe les oiseaux et l’impression d’avoir des sortes de dinosaures sous les yeux, je vous passe d’ailleurs plein de choses car l’exhaustivité n’est pas le but de ce carnet de route. J’aimerais vous transmettre plus comment les choses s’impriment en nous à travers quelques épisodes. Les photos et les sons que nous vous préparons feront le reste. Les diaporamas que nous faisons ne sont pas très sophistiqués mais cela nous importait de vous faire regarder les photos avec les prises de son car une immersion ne se fait pas qu’avec la vue, elle se fait avec tous les sens. Alors, L’ouïe et la vue s’est déjà pas mal.

Juste une dernière anecdote avant de clore ce billet. Après Phitsanulok, nous avons pris le bus pour Sukhothaï, considérée comme la première capitale Thaï (au centre du pays). C’est une ville classé par l’UNESCO et qui recèle une « historical park » réputé pour ces temples du XIIIème siècle. Nous sommes bien décidés à nous lever très tôt pour y voir le soleil se lever et arriver avant les centaines des cars de touristes. Nous louons donc un scooter et nous voilà parti sur les routes Thaï à 6.00 du matin pour 12 kilomètres de chevauchée épique. Le fait de rouler à droite et de s’accoutumer à la conduite locale faite de slalom et de « corps à corps » carrossiers, m’ont donné des crampes au bras tant j’étais agrippé au guidon sans pouvoir me détendre. Quand on vous dit qu’on se crispe devant l’inconnu, ce n’est pas exagéré. J’étais tellement stressé que ma main n’arrivait pas à doser l’accélération : accélérer-décélérer, accélérer-décélérer, les thaï devaient bien rire de voir nos corps faire des va et vient sur le scooter. Sandrine a été très patiente. Peu à peu, mon corps s’est habitué à ce nouvel environnement et je n’étais plus qu’un scooter parmi les autres chalant ma dulcinée.

Nos efforts furent récompensés, le site était tout simplement grandiose et j’ai effectué le retour tout rempli du calme des Bouddhas géants. Après 7 jours, nos corps commencent à vraiment prendre la mesure et notre retour à Bangkok pour prendre l’avion s’est fait plus sereinement que notre arrivée sept jours plus tôt. Avant d’aller à l’aéroport, nous avons voulu retourner voir le bouddhas couché de 45 mètres qui nous avait tant impressionné le premier jour. J’ai eu la place de me mettre dans une position de méditation que j’avais appris quelques années auparavant au Chi Qong : main droite vers la terre, main gauche ouverte vers le ciel. Je ferme les yeux, j’écoute ma respiration et je me laisse faire par le lieu. Tout d’un coup, je sens un objet froid me tomber dans la main, j’ouvre les yeux et voit un australien rougeaud me faire un grand sourire et me prendre en photo : il m’avait donné de l’argent ! Je le lui ai rendu et sa tête a changé tout d’un coup comprenant que je n’avais rien d’un bonze. Mais visiblement, je n’avais plus rien d’un touriste non plus… L’incubation commencerait elle vraiment ?

Pour diverses raisons qu’il serait ici trop long à expliquer, nous réservons les photos animées des sons pour très bientôt… On vous livre déjà cet article qui aurait du partir déjà depuis quelques jours… L’écriture n’est pas un « temps réel »…

 

Bise à tous, rémi

Dans l’avion, au dessus de la Mer Noire…

Posted in marionnette, spectacle vivant, théâtre, voyage on 20 février 2010 by theatreimago

Le 16.2, le jour du départ :
Dans l’avion au dessus de la mer noire…

Cet article devait être écrit avant le départ, c’était la dernière chose qui n’était pas barrée sur la liste « avant de partir » mais la « foultitude des nécessités » a pris le pas. Cela me fait un peu douter de notre régularité épistolaire. Il faut peut être que j’institue un rite de l’écriture, un moment particulier où je me pose et pour lequel j’arrête le temps.
Au moment où j’écris, c’est l’avion qui me cloue à ma chaise et détraque le temps. On est parti à 14.20 dans un Amsterdam neigeux et en un rien de temps, il fait nuit : la carte affichée sur le rétroprojecteur indique que nous sommes au dessus de la Mer Noire. Le temps de 10 heures d’avion, nous avancerons nos montres de 17 heures. Nous allons voir comment nos horloges biologiques vont gérer ce bond dans l’espace-temps.
Pour l’instant, nous sommes en stand-by physique et nous avons l’insigne honneur d’être placés près d’une des portes latérales. Les hôtesses chinoises de China Airlines nous ont fait lire un prospectus dans lequel il est écrit qu’en cas d’accident et en l’absence de responsables, c’est à nous d’ouvrir la porte, de veiller au bon gonflage du toboggan et d’aider les autres passagers à glisser. Notre psychisme lit toutes ces informations tout en refoulant l’idée que nous pourrions en avoir besoin. Nous sommes juste bien contents d’avoir plus de place pour nos jambes dans ce Boeing 747 plein à craquer.
Stand by donc.
Cela contraste singulièrement avec les trois semaines de course effrénée que nous avons abattue Sandrine et moi et quelques bonnes âmes sans qui nous ne serions pas venus à bout des préparatifs. Dans l’ordre, il fallait :
-recruter une chargée de diffusion pour promouvoir le spectacle durant notre absence,
-Refaire les outils de communication pour que cette dernière n’ait pas une tâche impossible…
-Refaire tout le décor en aluminium afin qu’il pèse moins de 20 kg et qu’il puisse partir par la Poste. Il fallait aussi imaginer un procédé grâce auquel ce décor devienne une valise roulante entre deux étapes de représentation (un jeu d’enfant…)
-Coudre des nouveaux tissus adaptés à la nouvelle structure.
Ajouter à cela les préparatifs plus personnels (vaccins, pharmacie, habits, trouver une solution pour nos plantes…), l’épreuve finale du diplôme d’état d’enseignement théâtral quatre jours avant le départ et vous aurez une idée de nos journées.
En fait, rationnellement, cela n’était pas possible que nous arrivions à tout faire. A moins que… à moins que… quelques uns nous aident…
Pour le décor, c’est le savoir faire de Georges qui s’est révélé déterminant. 40 ans de carrosserie, ça aide à reconditionner les matériaux, à usiner les pièces, à leur permettre d’avoir plusieurs fonctions selon leur agencement et leur position. Dieu sait si il a du nous maudire parfois en nous voyant nous arc-bouter sur nos exigences scénographiques bien loin du « bon sens » et de la symétrie. Mais il a respecté le « cahier des charges » jusqu’au bout et je vous joins quelques photos pour que vous appréciez le résultat : un coffre roulant façons « diable » devient le fond scénographique d’ « Imago ». Si la Poste ne nous perd pas cet ouvrage unique entre Gémenos et Denpasar (Bali), cette valise roulante est assurée de faire un long chemin…





Pour habiller cette structure, Sandrine a ressorti sa machine à coudre et nous avons acheté un nouveau tissu (moins sensible aux rétrécissements du lavage…). Je donne le stylo à Sandrine :
« Petites aiguilles, fil à coudre, mètre, « découd-vite » et nous voilà lancées pour quatre jours de confection du nouvel habit neuf de la structure. Heureusement que Marie-Noëlle m’a épaulée dans ce chantier que je redoutais depuis quelque temps. L’ingéniosité de la structure méritait qu’on lui fasse un bel habit. Le choix du tissu fut déjà toute une histoire. Il fallait nous voir dans le magasin « Tissu plus » toucher et peser chaque rouleau de couleur écrue. Nous cherchions en vain des endroits d’obscurité pour essayer les ombres avec notre grosse lampe torche. Les vendeuses nous regardaient comme des bêtes curieuses… Les mesures ont aussi donné lieu à des tours d’acrobaties : à quatre pattes sur le sol, debout sur une chaise avec Coline et Mathis qui courraient dans tous les sens, sans parler du stress de faire des gestes irréparables comme découper trop court… Quatre jours de concentration, de fous rires mais aussi d’apprentissage : pourquoi ne m’a-t-on pas dit plus tôt qu’il existait un « droit fil » dans un tissu ? »

Dans ce dialogue des savoir-faire, nous avons aussi beaucoup réfléchi à la diffusion et la communication ces derniers temps. Partir quatre mois, c’est bien, mais qui va promouvoir « Imago » durant notre absence ? Si nous souhaitons que le spectacle tourne la saison prochaine, c’est maintenant qu’il faut le proposer aux écoles, mairies, théâtres…
Nous avons donc passé une annonce fin janvier à laquelle 7 personnes ont répondu. Parmi elles, nous avons eu la chance de rencontrer Cécile.
Venue du monde de l’anthropologie, Cécile a beaucoup étudié la culture japonaise et notamment certaines de ses formes artistiques comme la marionnette Bunraku et la danse Butoh. Elle s’est montrée très intéressée par le projet et dès que nous lui avons confirmé notre choix pour sa candidature, elle a aussitôt visionné les autres spectacles de la compagnie, nous a donné des adresses de maîtres marionnettistes indonésiens qu’elle avait rencontrés et tous pleins de petites remarques qui la rendent deja precieuse… Cela nous a donné beaucoup de courage et d’espoir de voir quelqu’un adhérer au projet aussi spontanément.
Durant notre absence, c’est elle qui assurera le contact par mail et par téléphone et elle prospectera toutes les communes éligibles au dispositif « Saison 13 » ainsi que les festivals. Cette tâche étant parfois très difficile, nous lui sommes très reconnaissants de s’y atteler avec autant d’entrain. Pour l’aider, nous avons monté une petite démo-vidéo que vous pouvez visionner en cliquant ci-dessous.

Toujours pour le volet communication, deux nouveaux articles de presse ont relayé notre projet juste avant le départ. Nous ne boudons pas notre plaisir en les joignant à ce billet.

Enfin, le samedi soir avant notre départ, le bureau de la compagnie (Jean-Marie, Régis et Nathalie) ainsi que d’autres adhérents (Cécile, Claudine et j’en passe) nous ont fait la surprise d’un repas-spectacle concoctés par leur soin dans la salle des charrons. C’était une très agréable soirée durant laquelle le mot « compagnie » prenait bien son sens. Desole mais les photos manquent. Je leur fait cependant une speciale dedicace et leur dit encore un grand merci.

Au moment où je finis l’article, nous bouclons nos ceintures pour descendre vers Bangkok. Cet article a été écrit entre la Mer Noire et la Thaïlande avec des petites pauses de sommeil où vous étiez tous présents.

Bise, Rémi et Sandrine

PS : la porte de l’avion est restée « CLOSED »…

Sur les traces d’Imago

Posted in indonésie, voyage on 23 janvier 2010 by theatreimago

Pour tous ceux et celles qui n’ont pas reçu notre dernière newsletter, découvrez ci-dessous les différentes étapes de notre séjour en Asie du Sud Est.

De même, la revue Globe-trotter relaye notre périple dans ces pages. C’est une revue contributive que j’ai connu l’année dernière et qui prône un tourisme participatif, éco-solidaire et responsable. A l’heure du barouf actuel sur l’environnement, cela peut paraître un peu « bo-bo » mais dans leur page, c’est très concret.

Ps : Pas besoin d’une loupe … n’hésitez pas à cliquer sur les photos pour les agrandir !

Sand

Je poursuis l’article de Sandrine pour dire deux mots sur nos destinations et sur leur choix. En effet, de nombreuses personnes nous demandent pourquoi avons nous choisi l’Asie du Sud est.
Même si nous ne sommes pas insensibles aux charmes de ces pays, ce ne sont pas les images touristiques de Bali ou l’évocation de la Baie d’Along qui nous ont orienté. C’était surtout l’impression que l’Asie du sud-est constitue un passage géographique et civilisationnel unique au monde. La péninsule indochinoise porte son nom car elle est autant marquée par l’influence indienne que par l’influence chinoise. De même, l’Indonésie est un archipel qui sépare l’Océan indien de l’Océan pacifique, une « ceinture de feu » qui a émergé trés tard dans l’histoire de la formation des continents. Qui sait que l’île de Bornéo est un bout du continent asiatique qui s’est détaché ? Qui sait que l’Indonésie est un des pays qui a un des plus grand viviers d’espèces rares car ses 17 000 îles ont littéralement emprisonné des espèces incapables de retraverser les courants marins ? C’est le cas formidale du fameux « dragon de Komodo », ce varant de trois mètres présent uniquement sur l’île de Komodo mais aussi des « oiseaux de paradis » dont les 42 espèces différentes ne sont issues que d’une seule espèce bien moins jolie que ces descendants.

C’est ce rapport entre la terre et les océans qui me paraît aujourd’hui fascinant en Asie du sud est. Les îles d’Indonésie comme la péninsule indochinoise sont toute entière marquées par ce dialogue entre isolement insulaire et arrivée de nouvelles influences lointaines qui rentrent dans les terres par des détroits périlleux ou par ces grands fleuves comme le Mékong ou le Song Hong, le Fleuve rouge.
Les syncrétismes culturels et religieux qui en découlent sont tout simplement uniques.
Si on considère l’exemble de Yogyakarta, sur l’île de Java, nous sommes en face d’un sultanat musulman entouré de temples shivaistes indiens et d’un des plus grands temples bouddhistes au monde (Borobudur). Au sud du Vietnam, la religion Cao Daï regroupe 2 millions de fidèles autour d’un culte qui va de Lao Tseu à Victor Hugo en passant par Jésus et Mahomet…

C’est bizarre… Quand on projette un voyage et qu’on essaye de rassembler les informations que nous pouvons mobiliser, on se retrouve avec quelques informations parcellaires dispersées dans notre petite histoire personnelle : le Vietnam, c’est la guerre et le napalm des films américains, la nourriture bonne et pas cher des restos le samedi soir, les paysages maritimes de la baie d’along avec Catherine Deneuve au premier plan qui pleure le beau soldat en costume blanc, le souvenir vague d’une défaite française… l’Indonésie, c’est le souvenir proche du Tsunami, les volcans en éruptions avec les villages à peine évacués, « la javanaise » de Gainsbourg ou encore les photos de Bali ramenées par le collègue de travail qui trouve que « les gens sont vraiment adorables là bas »…

Faite l’exercice, vous verrez, c’est surprenant… On parle de mondialisation mais que savons nous vraiment des autres, de leur vie, de leur paysage quotidien, de leurs croyances, de leur langue, de leur façon de s’habiller, de manger, de se retrouver en famille, de se disputer, de se mentir, de s’aimer ?
A moins de s’appeler Claude Levi-Strauss et d’y consacrer sa vie, nous n’en saurons jamais assez car cela relève de l’impossible. Nous sommes obligés de simplifier notre connaissance de l’autre, nous avons déjà tellement à faire pour gérer notre propre existence…

Pourtant, il existe des lieux, des échanges qui permettent de toucher du doigt l’altérité. Je pense que le théâtre est un de ces endroits. La scène est aussi une île balayée par les grands flots de la vie profane, une île dont le paysage intérieur se recompose selon ses habitants et selon ce qu’ils y partagent au moment où ils sont ensembles. Avec Imago, ce n’est pas un voyage que nous faisons, c’est une île que nous agrandissons. bise à tous.

rémi