Une semaine à Bali

Nous sommes le 30 avril et ma dernière narration remonte à la représentation du 29 mars… Près d’un mois à raconter, c’est abyssal ! Mais pourquoi tout raconter ? Tout raconter, c’est comme vouloir tout prendre en photo, c’est tout vouloir conserver comme si le voyage est une chose. Ce n’est pas le cas, le voyage est un chemin et quand nous n’écrivons pas sur le blog, nous laissons le pays s’écrire en nous.

Retournons donc là où nous nous étions arrêtés. Après les représentations de Tampak Siring dans le centre de Bali, nous avions besoin de quitter les impératifs de résultats : les représentations, les ateliers, le blog… et retrouver notre condition de routards légers. Nous avons alors constitué un tout petit sac, loué une moto et sommes partis sillonner les routes de Bali. Au volant de mon scooter 125 automatique, les bras de Sandrine autour de ma taille, je ressentais un vent de liberté que j’ai rarement connu. Les paysages défilaient, nos fesses s’endolorissaient, nos yeux s’écarquillaient et nous étions heureux. Nos épaules étaient comme libérées du stress de cette première représentation bien accueillie. En six jours, nous avons découvert la capitale culturelle de Bali, Ubud, avec sa forêt sacrée de singes, ses magasins de fringues dignes de la côte d’azur, ses innombrables rabatteurs qui tentent de vous coller dans leur « taksi », ses restaurants succulents où toutes les cuisines du monde se mélangent, les différents spectacles traditionnels dont le « Kecak », danse de la transe mettant en scène l’armée des singes de Hanuman (toujours tirée du Ramayana).

Puis, nous sommes partis dans le nord de l’île au pied du grand volcan Agung. Nous avons découvert à Amed une autre forme touristique très florissante à Bali : le tourisme de la plongée et du « snorkeling » (plongée avec uniquement masque et tuba). Très différents du tourisme culturel et familial, ce type de tourisme est beaucoup plus « clinquant » et nécessite plus de moyens : bouteilles de plongée, résidence de luxe, moniteurs spécialisés, univers Harley Davidson… Nous avons eu la chance d’y être introduit par notre ami Age qui construit actuellement une résidence d’artiste au bord de la mer. Ni plongeur, ni Biker, Age a usé de ses formidables capacités « transociales » pour lier avec tout le monde. Sur son domaine, « Mango Dream », il nous fait découvrir les différents types d’arbre : les jacquiers, les manguiers, les anacardiers (qui donnent les noix de cajou) et bien sur les immenses cocotiers dans lesquels son « jardinier »va nous cueillir une noix de coco à chacun. Une aurait suffi pour nous trois tant le lait et la chair de Coco sont abondants dans un seul fruit. Gare à la tête quand il tombe ! Pour l’instant, « Mango dream » n’est constitué que d’un long mur contre le Pacifique empêchant la mer de stériliser les sols et d’une myriade de plans dessinés soigneusement au Rotring par Age. Nous promenant au milieu des arbres, il nous raconte mètres après mètres les différents bâtiments, la forme des bassins, l’utilité des différentes parties. Sa voix est posée et ne laisse pas de place aux doutes. C’est sûrement là que début la réalité d’un projet aussi lointain, la sûreté de la voix.

Toujours avec ce même calme qui nous apaise, Age nous intronise dans différents endroits auxquels nous n’aurions jamais eu accès sans lui : un ami Tchèque organise une petite soirée dans sa résidence hôtelière au bord de l’Océan, nous y voilà conviés ; son partenaire indonésien a des équipements de snorkeling dans un spot de plongée, paf ! nous voilà batifolant avec masques et tubas au dessus d’une épave dont la rouille a créé un écosystème aquatique magnifique. Des poissons multicolores vous caressent alors à 50cm de profondeur, des milliers de bulles vous englobent lorsque vous passez au dessus des plongeurs à bouteille et les perspectives de tôles rouillées s’enfoncent dans le noir des profondeurs… J’étais aux anges. Age nous a aussi fait rencontrer un architecte français marié à une balinaise qui construit aussi son rêve au bord de l’océan. Ce rêve, il le partage avec la communauté de sa belle famille et ce sont près de 40 âmes qui participent à ce grand chantier. Nous sommes restés près de quatre heures à écouter cet homme intarissable, véritable personnage de roman. Ses histoires nous faisaient mieux comprendre un autre Bali, celui des expatriés et parmi eux, ceux qui réalisent leur rêve et ceux qui créent leurs cauchemars d’alcool, de sexe et de solitude. Cela me fait tout drôle d’entendre ces « paroles d’émigrés ». Les mêmes thèmes que ceux que j’avais entendu dans la bouche d’Algériens, Marocains, Espagnols en France se retrouvent dans la bouche de Français de souche : le mythe du bled, la peur du retour, de la réinstallation, l’invention ou la création d’une nouvelle famille ailleurs, le bonheur d’être loin des mesquineries franco-françaises puis la déception de les retrouver dans la toute petite communauté d’expatriés…

Au bout de six jours de pérégrinations, nous retournons à Tampak Siring pour réunir toutes nos affaires avant d’aller à Denpasar, la « grande ville » où nous avons prévu de jouer puis de donner un stage aux étudiants de la Faculté des arts scéniques. Nos vacances d’une semaine touchaient à leur fin. Nous appréhendions de revenir à Tampak Siring car en une semaine Dewa, Jéro, Mémé et Pépé nous auraient déjà sûrement oubliés. Après tout, nous étions des petits français comme ils en voient tellement passer dans l’association de Sandie. Aussi, notre surprise fut grande lorsque nous fûmes accueillis par Dewa qui attendait notre retour et qui avait appris une phrase en Français : « vous m’avez manqué… ». Nos cœurs se transformèrent alors en artichauts vinaigrette… Natacha et David aussi étaient là et j’ai proposé à tout le monde d’aller faire une promenade dans les rizières avant de partir. Marcher ensemble, c’est mieux que tous les discours.

Avec Sandrine, nous commencions à comprendre que les séparations seraient aussi une composante du voyage et de ses différentes étapes. Le ventre se serre alors, nous ne savons pas si on se prendre dans les bras, ici, cela ne se fait pas beaucoup… Finalement, on se sert la main tandis que l’autre main part involontairement sur l’épaule comme si nous avions besoin d’un peu plus de contact avant de monter dans la voiture. Au revoir Dewa, Jéro, Mémé, Pépé, « Terimah Kasih banyak » (« merci beaucoup » qui se traduit littéralement par « recevoir donner beaucoup »).

Notre boule à l’estomac est tout de même atténuée par le fait que Natacha et David nous suivent à Denpasar ! Ils ont décidé de continuer à nous aider pour la régie pour la prochaine représentation. Outre le fait que cela nous rassure d’avoir quelqu’un qui connait le spectacle, nous sommes heureux qu’ils soient là et nos excursions à 4 sont des moments privilégiés : là nous retournons à la magnifique plage de Jimbaran, nous poussons jusqu’à la pointe sud de l’ile où les balinais ont érigé un temple sur les hautes falaises surplombant l’océan indien. Bref des amis en vacances profitant de Bali…

 

Profitez bien les amis, le lendemain, le boulot reprend… malgré la détente, j’appréhendais : Arriver le matin pour jouer le soir même dans une salle que l’on ne connait pas, faire face à des professeurs et des maitres locaux de la marionnette, ignorer si le public serait au rendez vous, ignorer si il y aurait des enfants à qui le propos s’adresse à l’origine. Cela faisait beaucoup d’incertitudes pour une reprise. De plus, le lendemain de la représentation, il fallait faire face au stage et le préparer…

La tension montait entre Sandrine et moi, nous sentions que rien n’était gagné : il fallait inventer, se creuser la nénette pour ne pas arriver les mains vides. Une fois de plus, c’est Sandrine qui trouva le contenu du workshop, je lui laisse d’ailleurs le soin de vous le raconter.

A bientôt !
Rémi

 

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Une Réponse to “Une semaine à Bali”

  1. Roberta Says:

    J’hallucine! Vous avez meme rencontré Age en Indonésie! Quand on dit que le monde où l’on vit est bien petit… 😉
    Rémi, attention à ne pas te faire mal à la tete… toutes ces photos la tete en bas me préoccupent…
    Un bisou à partager
    A tout bientot mes beaux

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