D’Imago à Veilleuse

Posted in Uncategorized on 30 mars 2012 by theatreimago

Bonjour à tous,
Voilà maintenant près de deux ans que vous suivez la compagnie avec son projet "Imago" et nous vous en remercions.
Cette année, le Théâtre Désaccordé s’est lancée dans une nouvelle création intitulée "Veilleuse".

Avec cette création, nous poursuivons notre recherche sur le théâtre d’ombre que nous avions déjà entamée sur "Imago".
Nous vous invitons bien cordialement à suivre chaque étape de cette nouvelle histoire grâce à un nouveau blog sur lequel vous pourrez aussi inscrire votre mail et recevoir les nouveaux "billets" écrits par nos soins.
Rendez vous sur : www.veilleusedesaccorde.wordpress.com
A bientôt,
rémi pour le Théâtre Désaccordé

Imago est de retour….

Posted in art, spectacle vivant, théâtre on 16 octobre 2011 by theatreimago

Bonjour à tous,

Voilà six mois que nous ne vous avons plus donné de nouvelles et pour cause… Notre chère marionnettiste, Sandrine, a donné le jour à une petite Tessa ! Toute la compagnie s’est mise en sommeil le temps d’accueillir la nouvelle venue.
Maintenant qu’elle est bien là, nous pouvons reprendre nos pérégrinations avec notre Imago qui sera accueilli :

- le 22 octobre à 16h à l’Espace Enfance Jeunesse de Bellegarde (Aix-en-Provence). Réservations au 06-31-98-20-73.

-le 24 octobre à 14:30 à la salle de la galerie à Fuveau. Réservations au Pôle culturel : 04-42-29-02-52.

Ces représentations seront accompagnées d’ateliers de création proposés aux enfants à l’espace Bellegarde tous les après midi du mardi 25 au vendredi 28 octobre. Renseignements et réservations à l’Espace Enfance et Jeunesse, 37, boulevard Aristide Briand à Aix en Provence : Tél. : 04-42-91-98-01.

Ces réprésentations sont rendues possibles grâce aux Mairies d’Aix-en-Provence (Direction de la jeunesse), de Fuveau et du dispositif Saison 13.

Voyage autour de la marionnette en Février

Posted in Uncategorized on 19 janvier 2011 by theatreimago

Bonjour,
Nous avons le plaisir de vous convier à notre prochain événement organisé en collaboration avec le Parvis des arts, la compagnie du Funambule et l’association Ombre chinoise. Ensemble, nous avons organisé un "Voyage autour de la marionnette" qui vous emmenera découvrir le monde marionnettique à travers des spectacles, des ateliers et une exposition de plus 160 marionnettes d’Asie entre le 15 février et le 4 mars prochain. Des séances à l’attention des scolaires et des centres aérés ont été organisées mais aussi deux soirées "tout public" où nous jouerons Imago mais aussi le "Carnet de voyage" racontant nos rencontres en Asie du Sud est. Veuillez trouver ci dessous toutes les informations en cliquant sur l’image.

Pour le reste du programme :
-une exposition de marionnettes venues de Birmanie, de Chine, d’Indonésie … constituée par l’association l’Ombre Chinoise (Visite gratuite – 40 min)
-l’univers poétique du spectacle « Imago » (à partir de 5 ans – 50 min)
-les origines et l’histoire de la marionnette à travers « La conférence des marionnettes » (à partir de 7 ans – 30 min) par la compagnie du Funambule,
-un « carnet de voyage » théâtralisé de la tournée du Théâtre Désaccordé en Asie,
-et enfin, des ateliers d’initiation à l’ombre et à la création d’insectes imaginaires.

Vous trouverez plus de renseignements sur le contenu du spectacle sur le site du Parvis des Arts : www.parvisdesarts.overblog.com

En espérant vous revoir à cette occasion, toute la compagnie vous salue.

Nouvelle Vidéo d’Imago

Posted in art, indonésie, marionnette, ombre, spectacle vivant, théâtre, voyage on 3 septembre 2010 by theatreimago

Vous pouvez découvrir la nouvelle bande démo sur la version finale d’Imago que nous avons joué à Yogyakarta avec Ria, la marionnettiste indonésienne chez qui nous étions en résidence tout le mois de mai.

De retour

Posted in art, indonésie, marionnette, ombre, spectacle vivant, théâtre on 31 juillet 2010 by theatreimago

La compagnie est rentrée depuis le 16 juin et nous organisons actuellement les rendez vous de la saison prochaine.

Pour ceux qui rejoignent ce blog, nous avons édité un document retraçant nos différentes étapes de la tournée d’Imago en Asie du Sud est. Vous pouvez le télécharger grâce au lien ci-dessous.

Imago en Asie du Sud est

A notre retour, nous souhaitions aussi fabriquer un support de présentation qui ressemble au spectacle. Sandrine et Francine ont alors conçu un dossier de présentation illustré en forme de papillon. Nous vous invitons à le découvrir ci dessous.

Dossier de présentation Imago

Pour la saison prochaine, des dates sont d’ores et déjà fixées avec certains de nos partenaires :

-Les vendredi 8 et samedi 9 octobre 2010, nous serons présents à la Salle Jean Jaurès de Gémenos avec un exposition sur nos rencontres asiatiques, des représentations d’Imago ainsi qu’un « carnet de voyage » théâtralisé que nous sommes en train d’écrire.

-Le Samedi 23 octobre à 15h, Imago sera accueilli à l’Espace Bellegarde à Aix en Provence pour une représentation unique.

-Enfin, le Parvis des arts (Marseille) accueillera Imago durant trois semaines entre le 12 février 2011 et le 6 mars. Durant cet accueil, nous présenterons aussi l’exposition sur nos rencontres asiatiques ainsi que le « carnet de voyage » théâtralisé lors de représentations tout public.

N’hésitez pas à nous téléphoner pour plus de renseignements au
06 31 98 20 73 ou inscrire votre mail sur la droite.
A bientôt.

Surabaya, la ville- Léviathan. Etape du 11 au 18 avril. Episode 2

Posted in art, indonésie, marionnette, spectacle vivant, théâtre, voyage on 15 mai 2010 by theatreimago

L’heure venue, nous sommes allés nous maquiller dans une concentration juste. Le souvenir de Denpasar et du black out durant la représentation accroissait mon trac, j’avais très envie de retrouver mes sensations sur scène, de retrouver une densité et une certaine écoute avec ma partenaire. J’étais d’autant plus impatient que je remarquais depuis quelques répétitions que Sandrine gagnait en habileté de manipulation. Déjà, lors de la conférence de presse interminable que nous avons eu l’avant-veille, elle avait présenté les marionnettes et notamment une fourmi très vive dans ses mouvements et très rigolote dans ses réactions. Je me souvenais alors que mes premières véritables sensations sur scène étaient passées par le corps et par le « biorythme » de mes personnages. Ce genre de déclics se font sans prévenir dans le corps de l’acteur (ou actrice) et ne se stabilisent pas tout de suite. Les premières fois, les vraies sensations vont et repartent comme une anguille insaisissable si bien que souvent on a le trac que « ça » arrive ou non. Je ressentais cela très fort chez Sandrine et les fulgurances de vie de ses marionnettes devenaient de plus en plus nombreuses et fréquentes. C’est dans ce contexte que j’ai vécu une de mes meilleures représentations d’Imago. Je me sentais libre dans l’histoire et cela malgré de nombreuses erreurs techniques de M. Anto qui avait un peu perdu sa compréhension des choses entre 16h et 19h…

Le public a été pour beaucoup dans mon plaisir. Les enfants étaient bien présents au premier rang et les adultes ont été super : ils riaient, s’extasiaient, écoutaient. Plus préoccupée et surtout plus concernée que moi par les problèmes de lumière, Sandrine n’a pas pu profiter autant de ce contexte favorable. Elle m’a raconté après qu’elle a passé son temps à faire de grands signes à M. Anto pour qu’il rectifie ses lancements hasardeux. Je me sentais un peu coupable de lui laisser tant de choses à gérer pendant que moi je m’amusais dans mon rôle. C’est dur d’être une déesse omnipotente durant un spectacle…

Après la représentation, nous avons été invités chez le Directeur du centre, Christian, pour manger une salade indonésienne très fameuse : le « gado-gado » dont la sauce est à la cacahuète. Notre amertume du début s’était définitivement muée en grande joie et nous étions très contents de la semaine si bien que nous décidons de rester deux jours de plus pour visiter enfin cette ville qui nous effrayait tant. Pierre-Benoît et Aan se sont chargés d’organiser cela. Le lendemain, nous sommes donc partis à la découverte des gens qui composent ce Léviathan urbain. Nous avons commencé par l’usine de fabrique de « kretel ». Ce sont les cigarettes que fument presque tous les indonésiens et qui ont la particularité d’être composées de tabac et de clous de girofle. Là encore, le visage du Léviathan s’est découvert. L’usine, « The house of Sampoerna », est composé d’un petit musée au style « art déco » des années 30 comme on en voit à Amsterdam (influence coloniale oblige) et juste derrière une vitrine, les visiteurs peuvent « admirer » des milliers de femmes travaillant comme des fourmis sur la confection des cigarettes et de leur paquet sur une musique enjouée. Nous restons bouche bée devant leur vitesse d’exécution. Sandrine est très mal à l’aise devant ces femmes qui lui font penser à des gens atteints de maladie nerveuse. Leur corps et leur visage est agité de sursauts qu’elles canalisent à la perfection pour accomplir leur tâche. Puis, nous partons découvrir le quartier arabe (d’origine yéménite) qui s’organise autour de la mosquée Sunan Ampel du nom d’un des pères de l’Islam javanais. Cette visite nous plonge au cœur d’un souk totalement inattendu en plein contexte asiatique. Quelques pâtés de maisons plus loin, on entre dans le « Chinatown » de Surabaya, un des plus importants d’Indonésie. Ici, il faut préciser que les indonésiens d’origine chinoise détiennent une grande part de l’économie du pays et qu’ils sont ainsi très mal perçus par la majorité de la population. Un peu à l’image des pogroms contre les juifs, les épisodes de crise économique sont souvent synonymes d’émeutes contre les quartiers chinois. Toutefois, Surabaya a souvent été épargné tant la communauté chinoise est ici puissante et organisée. Elle garde en outre un tissu social très fort avec toujours le culte des anciens dans des temples confucéens et une pratique immobilière cumulative. Un chinois qui a fait fortune ne vendra jamais son premier magasin, cela devient un peu son porte bonheur, sa première marche vers la fortune. Dans un temple, nous rencontrons un petit théâtre de marionnettes chinoises avec des marionnettistes bien étranges. Ils insistent pour que nous restions attendre que le spectacle commence et nous font découvrir les coulisses et leurs marionnettes à gaine. Ils nous montrent aussi leurs scripts qui ne sont autres que des BD « d’heroic fantasy » sur des récits mythologiques chinois. Nous avons passé un très bon moment mais lorsqu’est venu l’heure de représentation, ils n’ont tout simplement pas joué… Nous sommes frappés de voir comment deux communautés aussi différentes que les yéménites et les chinois ont organisé leurs modes de vie à quelques mètres les uns des autres.

A la fin de cette journée, nous décidons d’aller voir le fameux quartier « dolly », le plus grand bordel d’Asie dont je vous ai parlé plus haut. Nous y sommes restés à peine 10 minutes tant cela nous a mis mal à l’aise. Pas de photos ici, ce n’est pas la peine, il faut juste l’avoir vu pour le croire. Pour avoir vécu en Belgique, je n’écris pas ces propos en me couvrant d’une pruderie petite bourgeoise. La prostitution est un phénomène que j’avais déjà rencontré. Mais là ! Des enfants voués à la boucherie sexuelle mondialisée ; le Léviathan est aussi libidineux qu’aliénant.

Le lendemain, nous partons en voiture non loin de Surabaya voir les ruines de l’empire Mojopahit, dernier empire hindouiste de Java dont les survivants ont tous fui vers Bali et ont permis à l’île des Dieux de bénéficier de ce syncrétisme tout à fait unique entre les origines animistes et l’hindouisme javanais. Je suis très excité à l’idée de revoir des monuments anciens après deux semaines de disette urbaine. Toutefois, mon attente est un peu déçue par ce qui reste de ce vaste empire. La grande partie des constructions étaient en bois et seuls quelques bâtiments subsistent. La balade est tout de même bien agréable car les restes de l’empire gisent au milieu de vastes rizières et nous découvrons la nature de Java. Là aussi, nous sommes bien accompagnés par Pierre Benoit, Aan et Ani, une professeur de français adorable. Avec Sandrine, nous avions été très touchés toute la semaine par la gentillesse des professeurs de français indonésiens. L’amour qu’il porte à cette langue très compliquée qu’est le Français et pour ce pays si spécial donne une leçon d’humilité à notre identité culturelle. Sans eux, elle ne serait pas grand-chose hors de nos frontières…

Le lendemain, à l’aube, nous prenons le train avec tout notre « barda », notre décor ainsi qu’un superbe Batik qu’Aan nous a offert en nous disant au revoir. Nos cœurs ressemblaient à nouveau à des artichauts vinaigrette… Nous cheminions maintenant vers notre dernière destination javanaise, Yogyakarta. Nous étions tristes de quitter nos amis de Surabaya mais très impatients de découvrir Yogyakarta, notre étape la plus longue : 1 mois et demi dans la même ville ! Les paysages défilaient derrière la fenêtre du train et Java la mystique se révélaient peu à peu prenant la place du Léviathan Surabaya.

A l’heure où j’écris ces lignes, cela fait maintenant un mois que nous sommes à Yogyakarta et chacune des semaines mériteraient un article comme celui-ci. Toutefois, nous travaillons tous les jours entre la licence de Sandrine, le stage avec un maitre de la marionnette javanaise, les visites de Borobudur, le plus grand monument bouddhiste au monde, de Prambanan, le plus grand ensemble architectural hindouiste d’Asie du Sud Est et bien sûr tous ces moments vécus avec les nouvelles personnes que nous rencontrons. Nous avons remis en chantier « Imago » avec une compagnie locale de marionnette et nous préparons deux représentations les 26 et 27 mai prochain dans le cadre du Printemps Français en Asie. Ce que nous n’avions jamais eu le temps d’achever prend enfin forme mais nous ne vous dévoilerons pas les dernières nouveautés afin que vous ayez la surprise en France.

Toutes ces priorités nous amènent à vous envoyer à l’avenir des billets sûrement moins écrits et avec plus de photos. Certains qui rechignent à la lecture seront sûrement soulagés… Mais ne vous réjouissez (ou ne désespérez) pas trop vite car ce que nous n’avons pas le temps de mettre en forme dans le blog, nous le consignons dans des carnets à la plume. Vous aurez toutes les étapes détaillées cet été et vous pourrez voyager encore même quand nous serons de retour…

Nous vous embrassons bien fort,

rémi

Surabaya, la ville-Léviathan. Etape du 11 au 18 avril. Episode 1.

Posted in art, indonésie, marionnette, spectacle vivant, théâtre, voyage on 15 mai 2010 by theatreimago

A la fin du stage à l’Institut seni indonesia de Denpasar, nous sommes littéralement vidés. La présentation s’est bien passée malgré quelques longueurs. Nous avons droit aux félicitations d’usage mais une sorte de goût d’inachevé reste dans ma bouche. Je ne sais pas ce qui était de l’ordre du véritable échange et ce qui était de l’ordre du convenu. Ici, c’est très valorisant de faire des « kolaborasi » avec d’autres artistes et j’ai comme l’impression d’avoir été prétexte à un discours.

En même temps, j’ai bataillé ferme toute la semaine pour que les consignes du workshop ne se diluent pas dans l’éternel sourire balinais et qu’une certaine concentration soit maintenue. Après la présentation, nous essayons de passer un moment de détente mais le cœur n’y est pas. Nous avons accumulé en silence trop d’attente, trop d’impatiences et trop de nervosité. Et puis, nous quittons Bali et nos amis le lendemain…

Comme souvent après une grosse échéance, mon corps reprend ses droits et je sens une « anomalie » dès le réveil… La migraine ne tarde pas à arriver. Contrairement à celle d’Hanoï, elle est très forte d’emblée ce qui tombe très mal car nous devons régler plein de choses avant de partir : rendre la moto, vérifier les mails et les comptes sur internet, faire les bagages… Pour ne rien arranger, une pluie diluvienne s’abat sur Denpasar alors que Sandrine est allée de son côté à pied. Je pars alors la chercher en moto sous ce déluge ne voyant rien d’un œil à cause de la migraine et ne la trouvant pas. Bien à l’abri, Sandrine m’avouera plus tard qu’elle a cru me voir passer mais qu’elle a réagi un peu tard…

Cette dernière journée balinaise a été cauchemardesque. Je n’en voyais pas le bout et il fallait pourtant aller de l’avant : Charger le décor dans un petit bus qui nous amène à un grand bus, expliquer aux responsables de l’agence qu’il est hors de question que nous laissions le décor dans la soute et que nous voyagerons avec, éviter que les porteurs soulèvent la structure par ses parties fragiles et une fois assis, supporter ses vagues successives qui vous tapent dans le crâne…

Nous sommes partis à 5h de l’après midi et nous devions arriver à Surabaya à 5 heure du matin. Le bus passait de Bali à Java en montant sur un ferry sans nous faire descendre. Durant cette nuit, entre sommeil et somnolence, nous quittions « l’île des Dieux » pour gagner Java la mystique, Java la musulmane, Java la plus peuplée de toutes les îles d’Indonésie. Plus le bus avançait, plus les voix des muezzins se faisaient entendre, les « hijab » apparaissaient sur les visages féminins et une urbanité plus dense se dessinait derrière les fenêtres du bus. Nous pressentions que Surabaya ne seraient pas une étape évidente : Nous avions à peine une semaine pour découvrir un nouvel environnement, faire trois workshops, former un nouveau technicien pour le spectacle et jouer « Imago ».

Pour la première fois du voyage, je me suis senti découragé et fatigué nerveusement. Heureusement, la villa hollandaise où se trouve le Centre culturel Français nous offrait un cadre confortable où nous pouvions avoir un espace à nous avec une petite cuisine. Nous nous sommes empressés de faire des pattes au beurre-emmental acheté en hâte au Carrefour d’en face (Carrefour est très présent en Indonésie).

Malgré cela, cette baisse de moral et cette migraine tenace ne m’ont pas quitté pendant les trois premiers jours et gagnait même Sandrine qui commençait à sérieusement s’inquiéter de ne pas avancer la Licence laissée en friche depuis le départ. La ville n’arrangeait pas les choses. En fait, Surabaya n’est pas une ville, c’est un monstre qui n’offre aucune porte d’entrée à visage humain. Je pensais à cette illustration du Léviathan figurant sur la première édition du livre de Thomas Hobbes. Ce dernier avait eu l’intuition géniale de définir l’Etat comme une personne à part entière mais avait décrit son corps comme l’agglutinement d’hommes et de femmes… Cela me faisait aussi penser aux dessins de Miyazaki et surtout le « Voyage de Chihiro ». Je revoyais cette scène où des monstres errant venaient se laver dans des grands bains publics pour démons et esprits. Durant leur lavement, un des monstres vomit des voitures rouillées, des morceaux de motos, des papiers usagers. Les bains publics étaient littéralement débordés par ce tas d’ordures jusqu’à ce que ce monstre se révèle être un des esprits de rivière trop polluée. L’indigestion industrielle l’avait transformé en démon malheureux. Juste à côté du CCF, des habitants pêchent à la ligne dans des eaux qui sortent à peine de turbine d’usine…

Le premier regard des habitants n’est aussi pas très invitant. Surabaya n’est pas une ville touristique, c’est le plus grand port d’Indonésie où la prédominance commerciale fait que les riches sont très riches et les pauvres sont légions. « L’armée de réserve du lumpenprolétariat» dont parlait Marx prend ici tout son sens et la dichotomie se vit sur les routes à 4 voies menant aux grands « Môles », galeries marchandes géantes qui occupent des immeubles entiers. Il y en a une dizaine à Surabaya et il y en a aussi qui n’ont jamais été finies faute d’argent. Deux cadavres de béton et d’acier aux formes architecturales osées se dressent face au Centre Culturel. Trop cher de les détruire, trop singulier pour les racheter, ils resteront là sûrement des dizaines d’années. Là aussi, on comprend mieux la réalité de ce qu’est l’argent des bulles spéculatives qui éclatent comme des bulles de savon, l’argent des financiers et des sociétés écran, l’argent des gens qui jouent au Monopoly planétaire. Que devront payer les hommes et femmes nés sur cette case ?

Sandrine aussi est affectée par les premiers aspects de Surabaya. Son corps de femme est regardé comme un objet, de haut en bas, sans gêne et sans retenu. Toujours cette conception de l’Islam puritain pour lequel la femme occidentale est profondément décadente. Quelle hypocrisie et quel déni de mémoire ! Dire que Java avait développé au XVIIIème siècle une forme d’Islam tolérant et qui avait intégré l’héritage tantrique pour lequel l’acte sexuel était comme une prière, une voie pour atteindre l’unité du Très Haut. Dire qu’aujourd’hui, ces mêmes personnes qui dévisagent mon épouse vont se rendre plus tard au plus grand bordel d’Asie nommé « Dolly ». Sur l’exemple du quartier de la lanterne rouge d’Amsterdam, ancienne capitale coloniale de Java, un vaste quartier s’est organisé sur trois rues avec des jeunes femmes en vitrine et leur prix affiché en gros. Il paraît même que le prix est divisé par deux le jour de la fête de l’indépendance de l’Indonésie !

Autant vous dire que nous sommes restés un peu repliés sur nous-mêmes les trois premiers jours et il a fallu toute l’hospitalité de l’équipe du Centre Culturel pour désamorcer notre malaise et notre fatigue. Je dois avouer qu’ils ont bien réussi à nous faire quitter notre amertume. Malgré ses obligations nombreuses, Christian Gaujac, en poste comme Consul et comme Directeur du centre, s’est toujours assuré de notre bien-être. Sophie, la responsable de programmation a su désamorcer mes inquiétudes concernant la scène extérieure où nous devions jouer. L’endroit était certes très beau avec le jardin et un grand banian qui se dressait derrière la scène mais les pluies journalières auraient mis en péril la blancheur de nos draps et nous auraient épuisés en montage-démontage à chaque caprice du ciel. Sophie tenait à ce qu’on joue à l’extérieur mais face à mes grimaces, elle n’a pas insisté et nous a mis à disposition l’espace de la galerie où elle n’a pas hésité à déplacer une expo-photo à peine accrochée.

En fait, pour la première fois du voyage, nous avions vraiment l’impression d’être considérés comme des « artistes-invités » et il ne fallait pas déplacer terre et mer pour faire comprendre nos raisons. Ainsi, toute l’équipe a vraiment été à l’écoute et au bout de trois jours, nous commencions à trouver nos nouvelles marques dans le centre mais aussi dans cette ville qui nous apparaissait si impraticable. Il nous fallait juste des guides… Nous les avons trouvés dans la personne de Pierre-Benoît, un stagiaire d’école de commerce qui secondait le Directeur et Aan la bibliothécaire. Ce duo improbable nous a fait découvrir la vie surabayenne. Celle-ci se fait en Taxi et consiste principalement à dénicher les endroits où on mange bien et où l’ambiance est sympa. Aan est une indonésienne ayant tellement intériorisée l’humour et les références françaises qu’elle nous fait mourir de rire. En même temps, elle n’a rien perdu de son identité et nous avons eu la chance d’entrer dans Surabaya par la porte de son regard tout à fait unique. Le quatrième jour, je me suis même hasardé seul dans la ville à la recherche d’une banque et j’ai pris plusieurs « bémo », moyen de transport local où tout le monde est entassé dans des minuscules bus. C’est dans cette proximité que j’ai vraiment senti les gens de Surabaya, l’âpreté de leur quotidien mais aussi leur honnêteté dans les échanges et cet intérêt spontané pour le nouveau venu. Le filtre touristique en cours à Bali n’était pas de mise ici, nous étions « les autres » mais pas forcément hostiles.

Toutefois, ce qui nous a tout a fait sorti de notre phase de repli fut les workshops. Comme nous avions en face de nous des étudiants apprenant le français, nous avons choisi d’axer le travail sur le théâtre et non sur la marionnette. Sandrine n’avait pas à se creuser les méninges, c’était à mon tour de mettre à l’épreuve mon récent diplôme d’état d’enseignement théâtral… J’imaginais alors de les faire travailler sur la matérialité de la parole avec des mots ou des fragments de texte qu’il s’agissait d’investir avec la voix et le corps. Pour les plus avancés, je découpais « le corbeau et le renard » en dix huit fragments et les distribuais aux dix huit participants. Ils devaient se promener dans l’espace et dire le fragment chacun à leur tour sans que le poème soit dans l’ordre. Chacun était une pièce du puzzle et ils devaient le restituer en poème.

Pour les groupes moins avancés dans l’apprentissage de la langue, j’attribuais à chacun un adjectif auquel il devait donner une expression corporelle en répétant le mot. C’était très rigolo de voir l’interprétation de chacun. Surtout, nous découvrions avec Sandrine l’extrême générosité de ces jeunes et leur hilarité constante qui rendait chaque séquence joyeuse. Je me rendais compte à quel point l’amusement était une matière précieuse dans le travail théâtral, il désamorçait la honte, la moquerie malveillante et permet des audaces corporelles inattendues de la part de personnes peu coutumières de la scène. L’énergie était ainsi très bonne et cela m’a permis de faire « le plein ». Je finissais les séances en plaçant les participants en 2 lignes face à face et en leur donnant la consigne de se croiser en se disant « au revoir » en Français. Ils se sont quittés comme ils sont arrivés : en riant…

La semaine s’accéléra ainsi d’un coup et le jour de la représentation aussi. Nous devions former le nouveau régisseur mais celui-ci était retenu dans sa famille jusqu’au jeudi matin et nous jouions le vendredi. Les deux sillons d’inquiétude se sont à nouveau creuser au dessus de mes sourcils… J’étais à deux doigts de payer le billet d’avion à David pour qu’il fasse un saut de puce depuis Bali… Mais la page balinaise était tournée, il ne fallait pas céder à la panique. Tous les membres du Centre culturel m’assuraient que M. Anto était quelqu’un de très appliqué qui se trompait rarement. Toutefois, ils finissaient tous leurs propos par un : «… quand il a bien compris, il fait bien. » et cela ne me rassurait qu’à moitié. Nous avons passé toute la journée de jeudi à expliquer et à montrer tous les lancements lumière et musique du spectacle. J’avais l’impression d’être un Sisyphe roulant éternellement une même pierre nommée « technique ». M. Anto était un indonésien quinquagénaire très gentil et très appliqué mais qui n’avait ni la vivacité, ni la réactivité de David. Le moment le plus critique fut le vendredi matin lorsque nous lui avons demandé de parcourir à nouveau tous les lancements vus la veille et que plus rien ne subsistait… De nouveau, on a roulé la pierre et à notre grande surprise, la générale fut un quasi sans fautes. M. Anto semblait avoir compris et nous avons pu prendre du repos avant de jouer.

La suite dans un second article pour pas trop affoler l’ordi par le nombre de photos…

 

 

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